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On le considère, à juste titre, comme un des pères de la bande dessinée québécoise mais ce touche-à-tout de génie est beaucoup plus que cela. Peintre, caricaturiste, illustrateur, pionnier du film publicitaire, Raoul Barré est également un des fondateurs du cinéma d'animation américain.
Vital Achille Raoul Barré est né le 29 janvier 1874, à Montréal. Issu d'une famille de douze enfants il est le seul à manifester un intérêt pour les arts. Cet intérêt est encouragé par son père, importateur en vin (et en vin de messe!). Après des études à l'Institut du Mont Saint-Louis, le jeune Raoul s'embarque pour la France en 1891, comme la plupart des artistes de l'époque, afin de parfaire son éducation à l'École des Beaux-Arts de Paris et à l'Académie Julian. Pendant son séjour dans la capitale française, Raoul Barré collabore à plusieurs journaux humoristiques. Alors en pleine «Affaire Dreyfuss», la France est divisée en deux camps. Raoul Barré prend parti pour l'accusé et fait paraître quelques caricatures mordantes dans Le Sifflet qui le font remarquer et comparer aux plus grands dessinateurs de l'époque (Caran d'Ache, Florian). Même le président Clémenceau, dans son journal, commente la bravoure de ces dessins.
La bande dessinée fait alors ses premiers pas dans les quotidiens montréalais. En 1904, Albéric Bourgeois fait paraître Les Aventures de Timothée dans La Patrie suivi bientôt par Le Père Ladébauche de Joseph Charlebois dans La Presse. Bourgeois passe à La Presse, en 1905, et reprend Le Père Ladébauche tandis que Th. Busnel poursuit Les Aventures de Timothée dans La Patrie. À partir de 1906, la planche hebdomadaire de Timothée paraît en alternance avec Les Contes du Père Rheault, la nouvelle série de Raoul Barré. Cette série de gags en une planche raconte les mauvais tours que préparent deux garnements, P'tit Pit et Fanfan, à l'intention de leur père, de leur tante Frizine et de leur entourage en général, le tout se terminant bien sûr par la fessée traditionnelle. Les Contes du père Rheault paraissent jusqu'en 1909, totalisant 57 planches. Mais, dès 1903, Raoul Barré s'est installé à New York où il travaille comme illustrateur commercial. De là, il fait parvenir ses planches à La Patrie et il participe à quelques expositions de peintres canadiens. En 1912, après un silence de trois ans, Raoul Barré réalise pour un journal new-yorkais une série animalière intitulée Noah's Ark, qu'il signe VARB (pseudonyme formé des ses initiales complètes). Cette série, distribuée par le McLure Newspaper Syndicate, est publiée en français dans La Patrie à partir de janvier 1913, sous le titre À l'hôtel du Père Noé, et raconte les vicissitudes d'un groupe d'animaux qui doivent vivre ensemble.
À partir de 1915, il réalise plusieurs dizaines de films qui mêlent prises réelles et animation (les séries Animated Grouch Chaser et Phable Cartoon) pour les Studios Edison. En 1916, il fonde avec Charles Bowers le Barré-Bowers Studio, où il réalise pendant trois ans des adaptations en dessins animés de la série BD la plus populaire de l'époque, Mutt and Jeff de Bud Fisher. En 1919, il se brouille avec Bowers et quitte le studio ainsi que le monde du dessin animé. Il y retourne pourtant en 1926-1927, à la demande de Pat Sullivan, pour participer à l'animation de Felix the Cat.
Au Québec, Raoul Barré a participé à la création de la bande dessinée, mais son apport à l'animation est considérable : il est à l'origine de nombreuses innovations techniques et en a perfectionné plusieurs autres, si bien qu'il est aujourd'hui reconnu comme un des pionniers du cinéma d'animation. Dans ses mémoires, le dessinateur et animateur Otto Mesmer raconte l'anecdote suivante survenue en 1914 : «Barré offrit un jour un grand dîner aux cinéastes d'animation. Ce fut la seule fois que tous les animateurs de New York se sont trouvés réunis. Jusque là, chaque studio restait dans son coin. Au dessert, on le força à prendre la parole. Bien que le dessin animé n'en soit qu'à ses tout débuts, Barré prédit qu'il parlerait bientôt et aurait recours à des effets sonores. Toute l'assistance a éclaté d'un grand rire. Chacun pensait qu'il fallait être complètement fou pour imaginer ça. Il ajouta même que les dessins animés seraient tous en couleurs. Et tout le monde s'est encore mis à rire à cette idée comme s'il s'agissait d'un rêve insensé. En fait, tout cela s'est trouvé réalisé relativement rapidement.»Raoul Barré n'était pas qu'un pionnier, il était également un visionnaire.
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