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Bonjour et tout d'abord merci de vous intéresser à ma modeste personne. Je suis né le 8 juin 1965, le jour même où les Jaguars se séparèrent. Je fus probablement marqué par la déprime ambiante qui régnait ce jour-là à Montréal, notre ville étant - inutile de le préciser - dans un état d'indescriptible tristesse. Pour votre bénéfice, amis internautes, je me vois contraint de replonger dans mon passé vermoulu que je préférerais pourtant oublier. Mais, puisqu'il le faut, allons-y gaiement.
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Si je remonte le plus loin possible dans ma mémoire, je crois que la toute première bande dessinée que j'aie eue sous les yeux était un album de Martin le Malin intitulé Un accident d'avion géant. Je me rappelle aussi avoir beaucoup aimé les histoires que publiait La Petite Presse, le supplément BD du week-end du journal La Presse. Mon enfance fut bercée également par les fascicules de gare édités par Artima. J'étais un fan de Météor, Atome Kid, Spoutnik, Sidéral et mon héros favori s'appelait Ray Comet!
Je crois que les séries télés des années 1960 contribuèrent aussi à la formation de ce que j'appelle pompeusement ma sensibilité plastique et esthétique. J'aimais beaucoup les séries en Enfant, j'eus l'insolite privilège de faire une partie de mes études primaires dans une école religieuse perdue au fond d'un rang, où tous nos manuels scolaires dataient de la Deuxième Guerre mondiale. Je fus abreuvé et nourri quotidiennement par d'anachroniques outils pédagogiques dont la bande dessinée religieuse représentait une large part. J'adorais les vies de saints en images dont regorgeait notre bibliothèque et je mesure aujourd'hui pleinement la divine influence qu'eurent ces publications sur ma S.P.E. (sensibilité plastique et esthétique). Les années passèrent, et, comme tout le monde, j'entrai dans cette période trouble de l'adolescence. J'étais résolu plus que jamais à imiter mes maîtres et à devenir moi aussi un dessinateur. Mais la bande dessinée est un art difficile qui exige de la part de celui qui s'y consacre un don total de sa personne. Je ne m'étendrai pas sur les difficultés, vicissitudes et tâtonnements douloureux inhérents à cette vocation (les écoles de dessin par correspondance ne parlent, bien entendu, jamais de cet aspect de la profession dans leurs brochures publicitaires…). J'ai donc dessiné d'arrache-pied pendant toute mon adolescence et mis en chantier, à cette époque, des centaines de projets d'histoires que je ne terminais jamais. J'étais abonné à différents magazines comme Métal Hurlant et Pilote, mais je revenais toujours finalement à Tintin, Blake et Mortimer, Dan Dare et Ray Comet quand le sol de mes convictions artistiques s'effritait sous mes pieds. Les classiques me sécurisaient : ils étaient la preuve que le chaos n'avait pas encore complètement contaminé le monde.
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Vers 17 ans, je publiai dans le journal étudiant de mon cégep ma première bande dessinée intitulée Les Aventures de Victor Hart, l'espion canadien. C'était en 1982. L'année suivante, je fis paraître dans Solaris, La Panne; suivirent ensuite d'obscures nullités, imprimées dans les journaux étudiants pendant mes études et aujourd'hui, Dieu merci, totalement oubliées des exégètes.
Toujours est-il que j'obtins, en 1986, mon DEC en arts plastiques au cégep du Vieux-Montréal. Cette année-là, je partis vivre en France où se trouve la moitié de ma famille car je suis français par ma mère. Là-bas, je suivis quelques cours à l'Institut des arts graphiques d'Orléans et je passai trois longues années à parcourir les salles de rédaction des différents magazines de bandes dessinées en essayant de convaincre les éditeurs de me publier, mais ces esprits égarés ne surent pas reconnaître mon génie! |
![]() Image tiré de Vestibulles (Fanzine réalisé par les étudiants de l'atelier BD du cégep du Vieux Montréal). Le n° 5 présentait des BD de tous les bédéistes issus du cégep, dont Grégoire Bouchard. Ce dernier dirige l'atelier depuis quelques années.
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Néanmoins, pendant ces années-là, je travaillai beaucoup pour améliorer mon travail de dessinateur. C'est à cette époque d'ailleurs que, sur les conseils d'un rédacteur en chef de chez Glénat, je commençai à utiliser le pinceau. Cet instrument est le plus vieil outil graphique. Croyez-le ou non, le pithécanthrope s'en servait déjà! Dessiner des fusées argentées et des astronautes avec ce moyen archaïque était un paradoxe qui m'enchantait.
D'autant plus que j'admirais beaucoup en ce temps-là les célèbres EC Comics et leur formidable écurie d'artistes.À mon retour à Montréal en 1989, je publiai quelques numéros d'un fanzine que j'avais baptisé Strange Memories. C'était des histoires à chute justement influencées par les EC Comics et les Artima de mon enfance. Graphiquement, ces histoires étaient un peu l'aboutissement de mes premiers pas au pinceau.
Précisons que j'ai dessiné Planet Twist entre 1995 et 1998. Je me suis tout de suite très bien entendu avec Arthur Cossette, le leader du groupe. Mon tout premier dessin pour les Jaguars fut une affiche annonçant leurs spectacles. Puis, je me mis au travail sur une petite histoire de cette formation qui devait paraître dans leur nouveau disque. C'était une courte histoire de 15 pages en noir et blanc. Finalement, ce projet n'aboutit pas. Je proposai donc l'histoire à différents éditeurs et Mille-îles fut intéressé. Serge Théroux, le patron de la maison d'édition, m'ayant demandé d'étoffer l'histoire en fonction d'un album de 64 pages; j'ai donc redessiné une deuxième version de l'histoire des Jaguars, cette fois beaucoup plus élaborée que la première. Cela valait la peine, car Mille-îles m'ouvrait les portes d'un royaume très convoité par les dessinateurs : la quadrichromie. La couleur me permettait de peaufiner les ambiances et l'atmosphère du livre. C'était une opportunité inespérée au pays de la BD noir et blanc photocopiée qu'est encore le Québec.
J'ai tenu à raconter non seulement ce que les Jaguars avaient été mais, surtout, ce qu'ils n'ont jamais été; c'était bien plus amusant ainsi. Hugo Pratt ne disait-il pas qu'on doit raconter la vérité comme si elle était fausse et les mensonges comme si ils étaient vrais? Je pense avoir appliqué, à ma façon, cet adage dans Planet Twist. J'arrête donc ici mon puéril verbiage, chers amis internautes. J'ose espérer que l'énergie bénéfique des Jaguars, après m'avoir délicieusement irradié de ses feux rédempteurs, vous atteindra vous aussi peut-être un peu, par l'entremise de Planet Twist. C'est mon vœu le plus cher.
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