Henri Julien

Avec son style précis, élégant et racé, Henri Julien est le plus célèbre illustrateur du Québec de la fin du 19e siècle. Ses œuvres sont reproduites tant dans les journaux du Québec, que dans ceux du Canada anglais, de la France, de l’Angleterre et des États-Unis.

Peintre, illustrateur, dessinateur, lithographe et caricaturiste Octave Henri Julien est né à Québec le 14 mai 1852. Son père travaillant pour l’Imprimerie royale, Henri Julien grandit là où siégeait le gouvernement (à Québec, à Toronto puis à Ottawa). Alors qu’il est à Québec, il est très fortement impressionné par les sculptures et caricatures de Jean-Baptiste Côté qui a son atelier dans le quartier voisin. Vers 1860, la famille Julien s’installe à Montréal. Henri y étudie le dessin à l’école de l’abbé Chabert jusqu’en 1867. Puis, il apprend la lithogravure auprès de William Leggo, celui-là même à qui l’on attribue la première caricature à bulle du Canada français.

Vers 1869, Henri Julien devient illustrateur pour la compagnie de Georges-Édouard Desbarats qui publie, entre autres, le Canadian Illustrated News et L’Opinion publique. En 1874, il accompagne un détachement de la Gendarmerie royale expédié dans le Nord-Ouest canadien afin d’enrayer la contrebande d’alcool et en rapporte un reportage dessiné qui est publié dans L’Opinion publique du 30 juillet 1874 au 25 février 1875. Tout en étant à l’emploi de Desbarats (il y reste jusqu’en 1888), Julien mène de front plusieurs autres carrières.

De 1878 à 1879, il collabore au journal satirique Le Farceur de Montréal. En plus d’en avoir créé le bandeau, Julien y réalise, dès le premier numéro, des caricatures politiques. Celles-ci se présentent comme de grands portraits entourés de petites cases narrant les déboires du politicien visé. Un album d’une dizaine de pages regroupant certaines de ces caricatures paraît à Montréal entre 1879 et 1884. Sous le pseudonyme d’Octavo, il signe également des histoires humoristiques illustrées de nombreux dessins. À la même époque, il participe aussi au journal humoristique Le Grelot.

En 1887, il commence à collaborer aux journaux satiriques d’Hector Berthelot. Il réalise, sous le pseudonyme de Crincrin, de nombreuses caricatures, mettant en scène le Père Ladébauche, d’abord dans Le Violon, puis dans L’Iroquois (1890).

En 1888, Henri Julien passe six mois à New York, à son retour, il est engagé par sir Hugh Graham et devient le directeur artistique du quotidien anglophone The Montreal Star. Il est le premier caricaturiste engagé à temps plein par un journal. Henri Julien occupera ce poste jusqu’à son décès.

Responsable de l’actualité politique, il doit séjourner régulièrement à Ottawa où il réalise de nombreuses caricatures du gouvernement Laurier (élu en 1896). Doté d’une mémoire photographique et sachant saisir d’un trait l’essence d’un geste ou d’une expression, Julien devient rapidement le caricaturiste le plus célébré du Canada. On raconte que parfois, pressé par les événements, Julien n’hésite pas à dessiner sur ses manchettes de chemises! Il produit vers 1899-1900, la série des By-Town Coons où il croque le Premier ministre Wilfrid Laurier et les membres de son cabinet en chanteurs noirs mimant des chansons satiriques de son cru. « By-Town » étant l’ancien nom d’Ottawa et « coons » le nom que l’on donnait aux chanteurs noirs très populaires à l’époque. Ces caricatures ont été rassemblées en un recueil, Songs of the By-Town Coons, au début du 20e siècle par l’éditeur du Montreal Star.

Amateur de contes et de légendes du terroir québécois, Henri Julien en a illustré plusieurs, tant pour les recueils d’Honoré Beaugrand (La Chasse-galerie) ou de Pamphile Lemay (Contes vrais) que pour l’Almanach du peuple, auquel il collabore de nombreuses années. Peintre à ses heures, ses toiles s’inspirent abondamment, elles aussi, du folklore québécois (Retour de la messe de minuit, Les sucres, Un pêcheur, La Chasse-galerie, Les enchères, etc.). Il participe aux expositions de l’Académie royale canadienne de 1899 et 1907 et au Salon de l’Art Association of Montreal en 1908.

Henri Julien est le premier artiste québécois à avoir rayonner à l’extérieur des frontières du Québec. Au Canada anglais, Julien a collaboré au Canadian Illustrated News, au Dominion Illustrated, au Favourite, au Jester et au Grip. Ses dessins et ses illustrations sont repris dans plusieurs périodiques étrangers. Le Harper's et The Century Magazine aux États-Unis; L'Illustration et Le Monde illustré en France ainsi que The Graphic en Angleterre ont tous agrémenté leurs pages de ses œuvres. Aucun autre illustrateur québécois de l’époque n’a connu une telle reconnaissance à l’étranger si ce n’est Palmer Cox, le créateur des Brownies.

Le 17 septembre 1908, Henri Julien s’écroule, rue Saint-Jacques, terrassé par une crise cardiaque.

Un ouvrage posthume, simplement intitulé Album, et rassemblant plusieurs de ses dessins paraît aux Éditions Beauchemin en 1916. Vingt ans plus tard, en 1936, une exposition de 125 de ses dessins circule à Montréal, Québec, Ottawa et Toronto, puis, en 1938, le Musée des beaux-arts du Canada lui consacre une exposition. Une première pour un caricaturiste.

En octobre 1970, un dessin d’Henri Julien, tiré d’une série sur la rébellion de 1837, connaît une notoriété soudaine et plutôt inusitée : il se retrouve sur les messages que le FLQ fait parvenir aux médias!

Une rue de Montréal porte aujourd’hui son nom.


Bibliographie
BARBEAU, Marius. « Henri Julien », Le Samedi, 23 mai 1942, p. f-g.
GLADU, Paul. Henri Julien, Montréal : Lidec Inc., 1970, 40 p. (collection Panorama)
GUILBAULT, Nicole. Henri Julien et la tradition orale, Montréal, Boréal Express, 1980, 202 p.
KAREL, David. Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique du Nord, Québec, Musée du Québec, Les Presses de l'Université Laval, 1992, p. 425
MARSH, James. « Julien, Octave-Henri », L’Encyclopédie canadienne Historica, [en ligne : www.thecanadianencyclopedia.com].
WERTHAM, William C. et W. Stewart MacNUTT. Canada in Cartoon, Éd. Brunswick Press, Fredericton, Nouveau-Brunswick, 1967, 216 p.

Cette page a été réalisée grâce à la collaboration de Michel Viau pour le texte et la recherche (Copyright © Michel Viau) et de Sayman Phanekham pour la mise en page.
Les illustrations et bandes dessinées présentées ici sont du domaine public.