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Entrevue que le bédéiste Jocelyn Houde, de Charlesbourg (Québec), a accordée au journaliste Drac Marrich du magazine électronique BDBCBG.
DM : Jocelyn Houde, bien en évidence dans votre stand du Festival francophone de la bande dessinée de Québec, édition 2000, on pouvait remarquer une illustration grand format qui met en scène un U-Boot en surface, dans le fleuve Saint-Laurent, tout près du pont de Québec. Où voulez-vous mener vos lecteurs sur une pareille galère?
JH : Dans une sorte de « X-Files » de la Deuxième Guerre mondiale, qui se passe à Québec. Échec au Vice-Roi ! est une histoire qui mélange la réalité de l'époque et des éléments fictifs. En d'autres termes, c'est un épisode de la guerre, qui n'a pas eu lieu, mais qui, à la limite extrême, aurait pu se produire et qui, j'en suis bien heureux, ne contient pas les clichés habituels à propos du « sale Boche ».
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DM : D'où vous est venue cette idée de camper à Québec même un récit de guerre? JH : D'une rencontre que le Destin a mijotée. En octobre 1999, j'ai reçu un coup de fil de la part d'un lecteur sur mon projet de BD précédent, qui se disait intéressé autant à mon dessin qu'à mon sujet. On a pris rendez-vous, on a découvert que la Deuxième Guerre mondiale nous inspirait tous les deux, et VLAN!, le projet d'une BD en collaboration venait de démarrer « sur les chapeaux de roues ». DM : Ce lecteur, qui est devenu collaborateur, travaille au scénario et aux dialogues de votre projet actuel, n'est-ce pas?
JH : Oui. Il s'appelle Marc Richard. C'est un géographe qui travaille dans le domaine des noms de lieux. DM : Qu'est-ce qu'il aimait dans votre projet précédent, Panzer, je crois, qui a provoqué votre rencontre? JH : Oui, Panzer. Ce qui a piqué sa curiosité, c'est l'atmosphère des années 50 et 60 que mon fanzine dégageait. Une histoire très linéaire servie avec un dessin de style réaliste et contenant des aplats noirs, que j'ai éditée moi-même, autour d'un épisode de la Deuxième Guerre mondiale - oui, encore la Deuxième Guerre - mais dans la jungle de l'Asie du Sud-Est, cette fois.
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DM : Votre projet actuel, Échec au Vice-Roi!, appartient-il aussi au courant du dessin réaliste? JH : Non. Maintenant, mon dessin repose sur l'emploi de la ligne claire. Il faut dire que, de cœur, j'appartiens à l'école belge de la bande dessinée. Cependant, la création de BD est apparue relativement tard dans ma vie.
JH : C'est vers l'âge de 12 ans - je suis né en 1960 - qu'est apparu mon goût pour le dessin. Je m'amusais alors à copier les caricatures de Serge Chapleau qui paraissaient chaque semaine dans le magazine Perspectives inséré dans l'édition du samedi du Soleil de Québec. Au secondaire, j'ai étudié le graphisme. Puis, il y a une quinzaine d'années, j'ai commencé à copier plusieurs tableaux de grands maîtres : Picasso (les périodes bleue et rose), Van Gogh, Cézanne et Renoir. Ensuite, une rencontre déterminante se produit avec le peintre Marcel Lefebvre : je consacre alors toute mon énergie à la technique du dessin seulement. Au bout de quelques leçons, je suis retourné à la couleur, avec la maîtrise du dessin. DM : Et la bande dessinée dans tout cela?
DM : En terminant, j'aimerais que vous me parliez d'un projet que vous aimeriez réaliser, si vous n'aviez aucune contraite matérielle.
JH : Aucune contrainte? Vous savez que certaines contraintes sont imposées, à raison, par les éditeurs.
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Mais vous avez dit « sans aucune contrainte matérielle ». Dans ces conditions, l'album idéal que j'aimerais réaliser aurait la taille de mes originaux, c'est-à-dire environ 15 pouces sur 18 pouces (38 cm sur 45 cm). Il arrive parfois qu'un éditeur publie un truc semblable, mais le tirage est alors faible et le prix de l'album, exorbitant. Mon album idéal ressemblerait donc physiquement à ce que recherchent les collectionneurs mordus, mais il serait accessible au grand public. C'est paradoxal, sans doute, mais c'est ce que j'aimerais vraiment réaliser. J'ai aussi un deuxième rêve. Est-ce que nous avons le temps? DH : Aucun problème. Sur le Web, le temps est malléable à volonté. Ou presque.
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JH : Eh bien, ce serait de réaliser une BD interactive. J'ai vu ce que Jean-François Bergeron et André-Philippe Côté ont présenté au dernier Festival, à Québec, L'Oreille coupée : ça m'a littéralement jeté par terre. S'il y a un défi à relever dans la BD, c'est celui de faire passer une émotion à travers la lecture. Nous avons recours à des trucs bien connus : ambiance graphique, gros plans, etc., mais les résultats sont plus souvent décevants qu'acceptables, et le lecteur finit par rester sur sa faim. Alors que les ressources du multimédia, elles permettent de s'approcher davantage du lecteur et de toucher ses cordes sensibles : présence d'un narrateur vocal, d'une trame sonore, d'effets de caméra, et tout cela en respectant le caractère statique de l'image. C'est très très fort! J'ignore si ces deux gars sont les innovateurs de la BD interactive, mais leur œuvre est pour moi une vraie bombe. Est-ce la naissance du 10e art? Imaginons une BD offerte en version album accompagnée d'une version cédérom... Et pourquoi pas, tant qu'à spéculer, une adaptation sur grand écran! Après tout, n'est-ce pas là l'objet de votre question : une BD sans contrainte d'argent.
JH : C'est vous, maintenant, qui plongez dans le paradoxe avec vos vœux. Merci.
2307 des Colibris, Charlesbourg (Québec), G1G 2B4 Courriel: houde.j@videotron.ca |