Mieux connue sous le nom d’Isabelle Pierre, Nicole Lapointe est une des premières auteures de la BDQ. Dans les années 1950 et 1960, à l’aube de la Révolution tranquille, elle met en scène, tant dans ses BD que dans ses illustrations, des jeunes filles dynamiques et débrouillardes, annonciatrices des générations à venir.
Ainsi, en 1956, elle illustre deux cahiers de musique imprimée pour la JEC (Jeunesse Étudiante Catholique) : Gais Lurons et Noël nouvelet. Pour les éditions Fides, elle réalise les illustrations de plusieurs contes de Gille Phabrey : L’Hymne à la joie (1955), Le Collier de Notre-Dame de Chartres (1956), L’Enfant des neiges (1956), L’Image de Notre-Dame-de-Liesse (1956) La Légende de Toinot (1956), Le Miracle de la sainte chandelle (1956), Le Poirier de misère (1956), Le Bateau de saint Yves (1957), Mais c’est surtout par ses bandes dessinées et ses illustrations publiées dans les revues pour jeunes de la JEC, Claire et François, que Nicole Lapointe se fait connaître. En 1957, la JEC change la formule de François, revue pour garçons bimensuelle qu’elle publie depuis 1943, et lui adjoint une revue sœur, Claire, qui s’adresse aux jeunes filles. Les deux revues publient sensiblement les mêmes rééditions de BD européennes ainsi que des traductions de comic books américains. Quelques bandes québécoises paraissent également, réalisées par Jean-François et Michel (la série Météor), Maurice Petitdidier (L’inconnu du 25 cents) et Nicole Lapointe. Pour François, Nicole Lapointe réalise plusieurs illustrations, mais surtout, en 1958, une Vie de Saint François qui paraît en page couverture. Pendant féminin oblige, Claire fait paraître à la même époque une Vie de Sainte Claire , également par Nicole Lapointe, dessinatrice vedette de la revue. En plus d’un nombre impressionnant d’illustrations, elle réalise quelques courts récits à la thématique religieuse, tels La belle histoire de Bernadette et La vie de Mère D’Youville (sur un scénario de Mariette Thibault).
Nicole Lapointe signe également les illustrations de quelques romans jeunesse : Le Sous-marin fantôme de Michel Chalvin (Beauchemin, 1959), Les Grands berceaux de Berthe Hamelin-Rousseau (Leméac, 1962) et Nakika, le petit Algonquin d’Yves Thériault, (Leméac, 1962). Le trait de Nicole Lapointe est fin et clair, quoi qu’un peu figé. Malgré cela, il souffle dans ses dessins un étonnant vent de modernité, à des lieues de ce qui se fait à l’époque dans les magazines pour la jeunesse. Elle n’hésite pas à incorporer dans ses illustrations et ses BD des éléments empruntés au cubisme et les meubles et fournitures qu’elle dessine semblent tirés directement du Bauhaus. À la fin de 1963, Nicole Lapointe amorce, sous le nom d’Isabelle Pierre, une carrière de chanteuse. Après une apparition à l’émission de télévision de fin de soirée, Les couche-tard, animée par Jacques Normand et Roger Beaulu, elle présente chez Clairette et La butte à Mathieu un tour de chant composé d’œuvres de Claude Léveillé, Guy Béart et Georges Brassens. Elle enregistre un premier microsillon en 1965, puis se tourne vers la radio où elle anime Samedi-jeunesse à la SRC de 1968 à 1970. C’est à cette époque qu’elle rencontre Stéphane Venne et que sa carrière de chanteuse prend son envol. Venne compose pour elle plusieurs succès populaires dont Les enfants de l’avenir et Le temps est bon (chanson thème du film Les mâles de Gilles Carle). Isabelle Pierre fait la première partie de Claude Léveillé à la Place des Arts en 1970, puis l’année suivante, représente la SRC au festival de la chanson de Spa (Belgique) en compagnie de Claude Gauthier. En 1974, elle lance un cinquième et dernier disque, J’m’appelle Nicole Lapointe, puis abandonne la chanson et quitte la vie publique. Un CD double de ses meilleures chansons a été publié dans la collection « Les refrains d’abord » en 1996.
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