Maurice Petitdidier et la revue Hérauts |
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En dehors de sa carrière professionnelle, nous connaissons bien peu de choses de la vie de ce dessinateur versatile des années 1950. Jusqu'à tout récemment, outre le fait qu'il soit originaire de France, peu d'éléments de sa vie privée ont transpirés jusqu'à nous. Son nom reste toutefois intimement lié à la revue Hérauts des éditions Fides pour laquelle il réalisera en un court laps de temps (de 1955 à 1958) quelques centaines de planches de différents styles tant réaliste qu'humoristique. Ce qui fait de Maurice Petitdidier un des auteurs les plus prolifiques du Québec mais également un des plus méconnus.
Maurice Petitdidier est né le 15 septembre 1918 dans les Vosges, à Épinal, cette ville que l'on connaît pour ses histoires en images, les fameuses Images d'Épinal, ancêtres de la bande dessinée. Il y a étudié le dessin et l'aquarelle avant de travailler avec son père qui lui apprend l'art de la bijouterie. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est artisan décorateur à Pau et c'est en octobre 1951, à l'âge de 33 ans qu'il décide d'émigrer au Canada. Presque toute la carrière nord-américaine de Maurice Petitdidier se déroule sous les auspices d'institutions religieuses, que ce soit les éditions Fides, la JÉC (Jeunesse Étudiante Catholique), le Secrétariat de la Croisade Eucharistique ou le Comité des Fondateurs de l'Église Canadienne. C'est pour cette dernière organisation qu'il réalise les premiers dessins que nous lui connaissons : il illustre en 1952, un livre qu'Émile Gervais consacre à Monseigneur Laval, Le vénérable François de Montmorency-Laval. Tout au long de sa carrière, Petitdidier illustrera bon nombre de romans, contes et livres religieux ou pédagogiques tels les Manuels de bienséances (Fides,1957); Chantons Croisillons (Secrétariat de la Croisade Eucharistique, 1962), les contes de la série «Belles Légendes» (Le plus bel enfant du monde, Roseline, La Tarasque, etc.) de Gille Phabrey (Fides, 1956-1958), les romans d'aventures historiques de la collection «La Grande Aventure» : Pierre Radisson de Dollard Des Ormeaux (1954), Les habits rouges de Georges de Roquebrune (1955), La cagoule verte de Georges Cerbelaud-Salagnac (1956) toujours chez Fides. Mais l'essentiel de sa production se fera dans le domaine de la bande dessinée et principalement dans la revue Hérauts. Hérauts, qui fit la joie des écoliers de cette période de l'histoire québécoise que l'on appelle la «grande noirceur», a été créé en 1944 par la maison d'éditions Fides à l'instigation de la Catechetical Guild Educational Society de Saint-Paul (Minnesota). Celle-ci publiait, depuis novembre 1942, Timeless Topix, un comic book d'histoires pieuses et désirait en offrir une version française aux petits Canadiens-Français. Lancé en avril 1944, le premier numéro du mensuel Hérauts, entièrement consacré à la réédition de bandes américaines d'inspiration catholique, est tiré à 100 000 exemplaires.
![]() Montréal sans ses buildings. Le côté pédago-religieux des BD de Petitdidier Au Québec, la BD religieuse entre alors dans sa période la plus faste et Hérauts (qui deviendra bimensuel dès 1947) veut combattre sur leur propre terrain les «mauvais» comic books qui corrompent et abrutissent la jeunesse.
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En septembre 1958, les éditions Fides décident de mettre sur le marché une version de Hérauts adaptée pour les plus jeunes écoliers, Le Petit Hérauts. Pour ce journal, Maurice Petitdidier anime une série mettant en scène des enfants intitulée Fanchon et Jean-Lou. Ces personnages deviennent rapidement les vedettes du journal. En plus des aventures de ces deux garnements, Le Petit Héraut publie aussi d'autres bandes de Petitdidier dont Spot et Rondine et des reprises de Coqueluche et des Fables de Lafontaine, déjà publiées dans Hérauts, ainsi que quelques séries françaises (Pat et Pioume de Manon Iessel et Martine et Zozo de Tiky) et américaines (des studios de Walter Lang ou tirées du comic book Classic Illustrated Junior). Le Petit Hérauts ne paraît que trois années durant (de septembre 1958 à juin 1961) et la dernière sous le titre de Fanchon et Jean-Lou. L'aventure de la BD québécoise dans les pages de Hérauts est de courte durée, car, dès 1959, les bandes américaines reprennent graduellement toute la place et éliminent du même coup les quelques séries québécoises et européennes qui y sont encore publiées. Finalement, ne pouvant résister à la concurrence des revues belges et françaises de bien meilleure qualité (Tintin, Spirou, Vaillant et Pilote) Hérauts disparaît en 1965. En 1959, alors que la BD locale s'efface des pages de Hérauts, Maurice Petitdidier réalise des dessins textiles pour la maison Fields and Currie. Puis, il repart vers la France où il travaille de nouveau comme décorateur à Pau, et ce jusqu'en 1970. Depuis, Maurice Petitdidier se consacre à la peinture et la sculpture, d'abord à Fayence, dans le Var, puis dans les Pyrénées-Orientales. Il expose ses oeuvres lors de nombreuses expositions en solo et récolte de nombreux prix et distinctions dont la Médaille d'argent «Arts-Sciences-Lettres» (Paris, 1966), la Médaille d'argent «Salon de printemps» (Draguignan, 1977) et le Premier Prix de peinture Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales, 1989). Maurice Petitdidier sera de retour au Québec au mois de mai 2000, alors qu'il sera l'un des invités du Festival de la Bande dessinée Francophone de Québec.
1953
1954
1956
1957
1958
1959
1960
Les informations biographiques sont tirées en partie du livre à paraître de Françoise Lepage, Histoire de la Littérature pour la Jeunesse (Québec et Francophonies du Canada), Orléans, Les éditions David, 2000.
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