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LA LUTTE CONTRE LA VIOLENCE : QUELQUES QUESTIONS
Les gens qui réclament la suppression d'un imprimé le font souvent au nom de la lutte contre la violence, que les victimes soient des femmes ou des hommes. Face à cette approche, toutefois, on doit se poser plusieurs questions :
- Confond-on violence réelle et fictive? Doit-on arrêter tout-e auteur-e qui dépeint un crime dans un roman?
- A-t-on prouvé l'existence d'un lien formel existe entre la lecture d'un livre et un acte de violence réel? Malgré les innombrables recherches sur le sujet (dont celles compilées sur le site www.mediacoalition.org), un tel lien n'a pas été démontré. Les parents, les pairs et d'autres facteurs sociaux ne sont-ils pas autrement plus influents?
- Les livres dénoncés sont-ils exempts de tout mérite? Pourrait-on par exemple affirmer qu'ils ont une valeur dénonciatrice, ou que les scènes violentes n'en constituent pas le message central, comme dans le cas de La Bible? Et comme toute aventure nécessite un conflit, n'est-il pas normal que le héros ou l'héroïne y soit parfois en péril?
- L'interprétation des censeur-es est-elle la seule possible? Si d'autres groupes ne partagent pas leur position, ne doit-on pas trancher en faveur de la libre expression et laisser chaque individu tirer ses propres conclusions?
- La lutte contre la violence est-elle desservie en retirant de la circulation générale les ouvres qui traitent du sujet? Par exemple, lutterait-on effectivement contre l'antisémitisme, le racisme ou le viol en plaçant des restrictions sur des films comme La liste de Schindler, La couleur pourpre ou Mourir à tue-tête?
- Les précautions déjà en place (classement, avertissements, supervision) sont-elles raisonnables, et les mesures supplémentaires peuvent-elle avoir des effets néfastes (accès indûment restreint, livres indûment affectés)?
- Est-il légitime d'entraver l'accès de toute la population à des livres qui n'ont déplu qu'à une minorité?
- Lorsqu'on bâillonne des ouvres au nom d'une cause, si louable soit-elle, n'ouvre-t-on pas la porte à d'autres restrictions, comme celles que des homophobes ont réussi à imposer dans plusieurs bibliothèques canadiennes?
- La meilleure façon de réagir quand on désapprouve un point de vue n'est-elle pas de diffuser une plus grande variété d'opinions et de travaux sur la question, et non de mettre à l'écart les ouvres contestées?
- Les fonds alloués à l'analyse de livres controversés et au contrôle de leur consultation par le public ne seraient-ils pas mieux dépensés s'ils étaient dévolus au soutien de victimes de violence bien réelles?
Extraits du site des Féministes pour la libre expression (www.ffeusa.org) - traduction libre :
- La censure ne constitue pas une réponse au sexisme. Si l'on s'était opposé à divers mots et images, les femmes n'auraient jamais pu fonder un mouvement féministe - jugé immoral et dangereux il y a 25 ans.
- Les restrictions n'appuient pas l'égalité des sexes - elles renforcent le stéréotype victorien selon lequel les femmes sont si pures que la moindre allusion à la sexualité les démoralise. Ce n'est pas une position féministe.
- Censurer les idées « offensantes » ou « négatives », c'est s'attaquer au concept même de la liberté. L'État devrait-il forcer une femme à évacuer tout article pro-choix de son bureau parce que cela irrite un collègue?
- Les pays sans pornographie, comme l'Iran ou l'Arabie Saoudite, ne sont pas pour autant à l'avant-garde des droits des femmes. Le problème n'a rien à voir avec la sexualité, mais avec l'usage de la force.
- À eux seuls, des mots peuvent créer un milieu de travail hostile si une employée est régulièrement la cible d'abus verbaux intentionnels. Mais cela ne doit pas s'appliquer aux opinions ou publications controversées.
- En ne traitant que de sexualité, on oublie les causes du harcèlement. Le meilleur remède consiste à accroître le nombre de femmes au travail - un progrès plus tangible que les changements superficiels dus à la censure.
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