LETTRE ENVOYÉE AU MAIRE DUCHARME PAR L'UNEQ
Montréal, 22 novembre 2001
Monsieur Yves Ducharme
Maire de Gatineau
25, rue Laurier
Hull (Québec) J8X 4C8
Monsieur Ducharme,
Ayant pris connaissance de la croisade de Mme Brien contre les bandes dessinées de la bibliothèque de Hull, nous tenons à protester contre la façon excessive dont le conseil municipal a réagi à ses pressions.
Nous trouvons tout d'abord inadmissible que la campagne de Mme Brien se soit appuyée sur une compilation d'extraits qui dénaturent le travail des auteur-es. En outre, la plaignante a recouru à des accusations non fondées, à des arguments sensationnalistes, ainsi qu'à l'abolition de toute
distinction entre la fiction et la violence réelle. Qu'une telle campagne ait obtenu gain de cause établit un précédent inquiétant.
Lorsqu'on met une grande variété de documents à la disposition de milliers de personnes, il est inévitable que certains livres déplaisent à quelques individus, mais cela ne justifie pas qu'on retire ces volumes des rayons ou qu'on entrave leur consultation. Protéger les enfants ne constitue ici qu'un prétexte : les sections Jeunesse et Adultes cohabitent depuis longtemps dans les bibliothèques, et nous nous étonnons qu'il apparaisse soudain nécessaire d'adopter des mesures rébarbatives pour les séparer.
De plus, il est clair que vos bibliothécaires n'ont pas manqué à leurs responsabilités, les livres ayant été rangés en accord avec les évaluations de diverses sources reconnues. En donnant préséance à une décision politique plutôt qu'à leur professionnalisme, vous ouvrez la porte à bien d'autres
excès.
Nous déplorons donc que le conseil municipal ait :
- ignoré les recommandations de ses propres experts en mettant 180 livres à l'écart;
- rédigé un règlement sans objet, selon lequel la bibliothèque doit « bannir » des livres qu'elle ne possède pas;
- outrepassé les limites du débat en adoptant des restrictions sur les films, les revues et l'Internet;
- exigé que les 180 livres isolés soient soumis à un examen interne, une initiative beaucoup plus coûteuse que celle décriée par les protestataires, soit l'achat de quelques bandes dessinées avec des fonds publics.
Pour toutes ces raisons, l'Uneq enjoint la nouvelle administration de Gatineau de ne pas entériner cette décision lors de la fusion des règlements municipaux qui aura lieu le 1er janvier 2002.
Dans l'attente de votre réponse, nous vous prions d'agréer l'expression de nos sentiments respectueux.
Charles Montpetit
Responsable du dossier
Union des écrivaines et écrivains québécois