Chère Mme Petrowski,
À la lecture de votre article, je m'aperçois que vous avez été mal informée sur quelques points relativement à cette triste affaire de mise à l'index de BD à la bibliothèque de Hull. Contrairement à ce que vous mentionnez dans votre article, je n'ai jamais fait partie d'aucun comité de travail sur la question en septembre dernier pour la ville de Hull.Et je ne fais surtout pas partie - ni de près ni de loin! - des gens qui ont mis à l'index des BD à Hull. Je condamne une telle pratique et toute forme de censure. À la lumière de la liste des BD concernées, il me paraît assez évident que les censeurs ne connaissent pas vraiment (ou non jamais lu - ce qui me paraît encore plus grave) la plupart des titres qu'ils ont retirés des étagères). Tout ceci est assez incroyable, on se croirait revenir en arrière. La BD actuelle n'est que le reflet de notre société, de ce qu'elle permet, tolère et véhicule - tout comme la télé, le cinéma et les magazines qui, en la matière, ont plusieurs longueurs d'avance sur le 9e art. Cette soudaine chasse aux sorcières à la bibliothèque de Hull est tout à fait injustifiée et condamnable. Je suis le premier à la reconnaître et, avec vous, à le dénoncer.
Pour votre information, voici de quelle façon j'ai été mêlé à cette affaire. En mars dernier, une personne mandatée par la Commssion sur la culture de la ville de Hull m'a demandé d'évaluer sept albums choisis par eux relativement à cet aspect précis: « quelle image de la femme ces albums véhiculent-ils? Ceci, dans le but de déterminer s'ils contribuent on non à banaliser la violence faite aux femmes ».
Puis, dans un second temps, de rencontrer un bibliothécaire (celui de Gatineau en l'occurence) afin de savoir sur quel système ou sur quelles sources les bibliothécaires se basent pour acheter et classifier les BD dans leurs institutions.
Jamais, au grand jamais, il n'a été question de censurer ou mettre à l'index quelque BD que ce soit.
Bref, à la lecture de quatre de ces titres - Devine qui va morfler ce soir (série Torpédo), Le secret d'Émile (série Marie Tempête), Lupa la louve (série Attila) et les loups de Kohm (série le Vagabond des Limbes) -, j'ai confirmé que rien dans le contenu de ces albums ne dégradait l'image de la femme ou quoi que ce soit du genre. Bref que ces albums avaient bel et bien leur place en bibliothèque et qu'il n'y avait aucune raison de les pointer du doigt.
Dans le lot, trois autres titres ( à caractères beaucoup plus pornographiques cette fois - Selen, Le déclic et Druuna) avaient été glissés. On vient de m'apprendre récement qu'on m'avait demandé d'évaluer ces trois albums à titre de comparaison seulement, car il n'ont jamais été mis sur les étagères de la bibliothèque, donc jamais offerts aux usagers. Ces trois albums n'ont rien à voir avec la polémique actuelle concernant les BD misent à l'index. Bref, même si j'ai souligné la caractère beaucoup plus cru de ces albums, il n'a jamais été question d'une mise à l'index ou de quoi que ce soit du genre. Compte tenu des budgets limités dont les bibliothèques disposent pour les nouvelles acquisitions - leur problème consiste également à faire des choix, car elles ne peuvent tout acheter ce qui se publie -, la question qui se pose donc aux reponsables des bibliothèques est de déterminer quelles types d'oeuvres ils choisissent d'acquérir avec les ressources dont ils disposent. Ce qui, de toute façon, ne concerne en rien les oeuvres déjà disponibles en bibliothèque.
Et justement, actuellement, un des gros problèmes des bibliothèque est que, la BD ayant beaucoup évoluée et, ils ne savent plus où classer certains albums sur leurs étagères. N'ayant pas le temps de les lire, ils les classent donc en se fiant à des sources très diverses et, parfois - en désespoir de cause - aux seules impressions que leur laissent les images. Bref, ils manquent - m'a-t-on dit - de ressources à cet effet. Ce qui ne justifie en rien la situation actuelle à la bibliothèque de la ville de Hull.
C'est ce sur quoi, en mars dernier, j'ai fait un petit rapport à leur demande. Rapport que je leur ai permis dès le début de rendre public à leur convenance. Donc en résumé, aucune recommandation de censure, de mise à l'index ou de tout autre action du genre.
Depuis, aucune nouvelle. Qu'avait-il fait de nos deux avis d'experts (en passant, M. Mayeux n'est pas auteur de BD, mais libraire)? Quelle serait leur réplique à la plainte de cette dame de Hull? Bref, plus rien.
J'ai appris récement - par les médias - que plus de 180 albums BD avaient été mis à l'index, cachés dans une salle fermée! Incroyable. Tout ceci n'a aucun rapport avec l'avis qu'ils m'avaient demandé en mars dernier. Je ne sais pas qui est la cause de tout ceci ni le pourquoi de cette politique excessive et rétrograde. Et je n'ai aucune idée de ce qui a motivé la bibliothèque ou la ville de Hull à en arriver là. Je tiens à vous assurer que je n'ai aucun lien avec toute cette mascarade. Votre article laissant planer que je suis associé à ces mesures que je réprouve, je vous demanderai bien courtoisement de vouloir rétablir les faits en laissant savoir que je ne suis en rien associé à ce scandale concernant la mise à l'index de BD. Étant moi-même auteur, ce serait un comble que j'approuve de telles mesures discrimanatoires.
Merci de votre attention et de votre collaboration. N'hésitez pas à me contacter si vous désirez quelques éclaicissements que ce soit sur le sujet.
Bien à vous
Paul Roux
Auteur BD