Michel Pleau: Salut Thierry! J'aimerais tout d'abord savoir, d'où sont tes racines?
Thierry Labrosse: Je suis né ici au Canada, à Montréal dans les années 60.
MP: Qu'est ce qui a provoqué ce goût pour la bd et de décider de te diriger vers ce domaine très difficile au Québec?
TL: Très tôt dans mon enfance j'ai été attiré par la bande dessinée, à quatre ans on m'avais offert des albums de Tintin, Plus tard ce fut les suppléments couleur des journaux montréalais qu'on retrouvais le week-end, avec des série fabuleuses comme le Tarzan de Manning, Dick Tracy de Chester Gould, ou encore le fantôme de Lee Falk . J'en garde un beau souvenir. Adolescent mon père m'avait abonné au journal Tintin et à Pif Gadget, des dessinateurs comme Hermann m'on largement influencé.
MP: En 1980, tu illustres une publication sur les origines de Goldorak. Ce sont tes origines également, car je crois que c'est ton premier contrat professionnel?
TL: Effectivement à l'âge de 19 ans, on m'as offert ce contrat que je me suis empressé de faire avec le plus grand sérieux.
MP: Et qu'as tu fais par la suite? D'autres contrats d'illustrations?
TL: J'ai travaillé sur un projet qui s'appelait les Mic et les Micquettes, un univers pour enfant ou j'avais à faire une demi page couleur à chaque semaine pour un journal de week-end. Toujours sur ce même projet, je faisait des livres à colorier. À cette même époque j'ai rencontré quelques professionnels comme Jean-Paul Hennion qui m'a montré comment me servir d'un pinceau pour l'encrage.
MP: Et tes premières bd publiées, c'est dans Titanic?
TL: À la même période j'ai réussi à vendre deux ou trois histoires courtes pour le magazine Titanic avec une seule qui fût publié.
MP: Croc aurait pu reprendre les histoires. Les portes étaient fermés?
TL: Non, l'ennuis c'est que je faisait dans le "réalisme" à sensation, et Croc était un journal humoristique, donc mes trucs n'étais dans la veine de leur voie éditoriale.
MP: Ensuite on découvre dans Krypton : Trip Time. On voit déjà une ressemblance avec Moréa, une bd qui se déroule dans un futur où les autos volent dans une ville avec de grandes structures. On devine que tu as une faiblesse pour la science-fiction. D'où vient cette attirance?
TL: Je crois que mon attirance pour la science fiction vient de mon enfance, à l'époque la Nasa envoyait ses premiers hommes dans l'espace puis sur la lune comme tout les jeunes de cette époque j'ai rêvé d'être astronaute, il y'avait aussi à la télé des émissions, du genre "Au pays des géants" , "Les sentinelles de l'air", Batman ou encore "Les agents très spéciaux", chacune avec une tendance quelque peu s.f.
MP: Dans Trip Time, on voit déjà une autre passion : Les belle femmes. C'est un plaisir de dessiner des femmes pour toi?
TL: Bien sûr, en ce qui me concerne il n'y a rien de plus agréable à dessiner ou même à regarder. Dessiner de jolies filles à toujours été un espèce de "challenge" pour moi, une passion, j'ai toujours aimé les bd ou les femmes étaient bien dessinés.
MP: Avec la série Moréa, on pourrait dire que c'est le paradis maintenant pour toi?
TL: Tout à fait, je me souvient quand je me suis assis avec Arleston, pour lui parler de ce que j'avais envie de faire comme bd, la liste s'en tenait à peu près à ceci: Je veux un thriller genre Blade Runner et Nikita avec un personnage féminin central fort, avec plein de scènes d'actions et surtout, des filles à chacune des pages.
MP: As-tu une amie de cœur dans ta vie? Elle pourrait être jalouse, si ce n'est pas déjà le cas?
TL: Actuellement j'ai personne dans ma vie, et de toutes mes relations, ça n'a jamais été réellement un problème, à part une seule fois ou une copine s'est senti, menacé par la chose.
MP: Je reviens sur "Trip Time" dans Krypton. C'est une première expérience avec un scénariste?
TL: Oui, c'était le première fois que je travaillais avec un scénariste, Toufi Ehm, avec qui j'ai fais cette histoire courte qui, avec le recul, je trouve encore pas mal.
MP: On peut lire sur ton site web que c'est grâce à "Culasse" que les portes des éditions Soleil se sont ouvertes. Peux-tu nous raconter comment le tout s'est déroulé?
TL: Toujours avec Toufic, on avais monté un projet de série ensemble, qui prenais place en amérique dans les années 20, 30, autour d'un aviateur et de son mécano, on avait le premier album presque terminé, quand on l'a envoyé à Soleil. L'éditeur, avait à l'époque, aimé le dessin, mais n'était pas du tout intéressé à la série. Il m'as donc jumelé avec un scénariste de sa boîte, Arleston, avec qui j'ai fait Bug Hunters. Ceci dit, pour présenté un projet à un éditeur, 4 pages suffisent avec un petit texte de présentation.
MP: La première aventure avec Soleil : Bug Hunters, n'a pas vraiment fonctionné en Europe. La déception devait être là à l'époque?
TL: Bien sûr, c'est décevant de consacrer quatre ans à un projet et de vendre que 2000 copies, dans la réalité européenne, c'est considéré comme un échec. Bon, ceci dis, on a ajusté notre tir et on a fait Moréa, et là, ça semble plutôt plaire au public.
MP: Tu gagnes ta vie principalement avec des story board de dessin animé. Aimerais-tu un jour que la BD gagne sur le story-board?
TL: Ça c'est sûr, le storyboard est une excellente manière de gagner sa vie, mais mon cœur est à la bd, en faire à temps plein est un désir.
MP: J'ai appris que le premier album de Moréa a été encré au stylo "bic". C'est une façon hors du commun d'encrer de la BD... Encres-tu toujours de cette façon?
TL: Non, je n'encre plus de cette façon. Dans l'exécutions des traits, le Bic offre une grande spontanéité semblable à celle du crayon à mine, mais par contre la qualité du trait laisse à désirer. Avec le recul, le dessin du tome I semble plus nerveux et jeté. Dans le tome II, je suis revenu à la bonne vieille manière classique d'encrer, soit au pinceau et à la plume, ce qui donne à la facture final de l'album une ligne claire et précise.
MP: Le 2e album de Moréa est paru tout dernièrement (en fin d'été 2002), soit un an après l'autre. Aurons nous un album à chaque année?
TL: C'est le but, ce qui rend le la mise plutôt difficile, c'est que je suis encore obligé de prendre du boulot à l'extérieur de la bd pour pouvoir vivre aisément, donc à 12 mois par année, c'est juste.
MP: Pourrais t'on voir un jour un album exclusivement Labrosse? Ou un scénariste devient comme une drogue : une dépendance?
TL: Dans un futur pas trop lointain, je vais faire un album en solo, ou j'assurai l'histoire, le dessin et la couleur. Actuellement, travailler avec Arleston me convient, disons que je fais mes armes, j'apprends mon métier tout en me préparant à autre chose.
MP: Peut-on avoir un avant goût de ce projet personnel?
TL: Oh, c'est pas très clair pour l'instant, j'ai l'idée vague d'un univers au dessin semi-réaliste, avec comme trame de fond une histoire à la "it's a mad mad mad world" ce film américain des années cinquante avec bien sûr des héroïnes pulpeuses entourés de personnages colorés de toute sorte.
MP: Est-ce que d'autres éditeurs ou auteurs ont commencés à t'approcher pour la possibilité d'une autre série?
TL: Si, Dupuis, qui m'ont parlé d'un projet, pour lequel je n'étais pas disponible.
MP: Ca doit être difficile de rejeter une offre d'un éditeur célèbre et établi comme Dupuis?
TL: Effectivement, j'y ai beaucoup réfléchi et j'ai demandé l'avis à plusieurs personnes importantes autour de moi avant de prendre ma décision.
MP: Moréa aura t-elle une vie (série) longue?
TL: Je l'espère, après le troisième ou quatrième album de la série on sera plus en mesure de savoir si le public embarque avec nous ou pas et j'ajouterais que tant qu'Arleston et moi avons du plaisir à faire Moréa, la série devrait bien se porter et ce pendant longtemps.
MP: Tu participes à presque ou sinon tout les événements bd de la province. Montréal BD, Le festival BD de Québec, celui de Gatineau, etc. C'est important pour toi?
TL: Tout à fait, c'est très important pour moi, pour Moréa et pour la bd en général. Au Québec, vous savez, c'est un petit milieu la bd, ou tout est à bâtir, tout est à faire, ma présence est importante au même titre que tout les autres intervenants du milieu. Plus le milieu sera vivant et dynamique plus il aura des chances de grandir de s'épanouir, d'attirer et d'intéresser le grand public.
MP: Il y a t-il dans un de ces événements , une rencontre ou une anecdote que tu n'oublieras jamais?
TL: La rencontre de Régis Loisel au festival de Québec, avec le plaisir d'apprendre qu'il venait s'établir à Montréal, l'année ou je l'ai rencontré.
MP: Labrosse a t-il une autre passion dans la vie?
TL: J'aime la peinture, j'ai du mal à trouver du temps pour en faire, mais à chaque fois que je m'y plonge, j'éprouve toujours un grand bonheur.
MP: Merci Thierry de ta patience!
TL: Merçi.