Marc Brault
"Le néant pourvoit à toute chose." L'Hagakure
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Ajouté le : 19/08/2005 07:49
Message :
Très "design" tout ca, Sirk.
Au sujet de la page sur la mise en page sur le site du CEGEP de Sainte-Foy.
Euh...J'ai jeter un coup d'oeil sur toute cette section. C'est une façon de voir... un peu simpliste, pour ne pas dire marginalement chauvine. Il prend des cas isolés de disposition de cases, les divorces de leur contexte, et tente de les ériger en "grille d'analyse", un système de mesures, pour dégager la syntaxe "universelle" de la bd. Il regarde la chose par le mauvais bout de la lorgnette.
Mettons que, la bande dessinée n'est pas un "langage", mais un procédé qui n'est réductible à aucune "grammaire" universelle. Chaque culture a développé sa propre "grammaire" fondée sur des impératifs distincts. Le manga à une grammaire fondés sur la fluidité des enchainements (tous les autres éléments, tel la mise en page, étant subordonnés à celle-ci, sont élaborés en fonction),



le comic books américain, (j'pense aux "action super-heros" actuels), repose sur la mise en valeur du plan spectaculaire, cinématographique, botte cul; tout le reste n'est qu'un moyen pour se rendre du plan spectaculaire botte cul (A) au plan spectaculaire botte cul (B). Il s'en suit que la mise en page, la composition d'une planche, d'un manga et d'un comic book (action heros) ne répondant pas au même impératifs "grammaticaux", seront différentes, mais culturellement valide.

L'arrangement des cases sur une planche est l'aboutissement, l'expression, d'une certaine idée, une définition particulière, qu'avait l'auteur de ce qu'est une bd. Limiter son champ d'investigation à une seule culture ne peut donner, rien de plus, qu'une estimation de ce qu'était la "grammaire" de la bd propre à cette culture, à un moment donnée.
La BD franco-belge, largement dominée par la notion d'auteur (c'est là son trait caractéristique), en comparaison, n'a pas vraiment de "grammaire" à elle. Chaque auteur élabore sa propre façon de conjuger les composantes. Un des traits fascinant de l'oeuvre d'Hergé c'est la genèse de ses découpages techniques et de leur mise en page. Entre Tintin en Amérique, dont le découpage technique évoque le cinéma muet, caméra fixe devant des tableaux qui se succèdent, ce qui donne un effet théâtre de boulevard, et Tintin au Tibet où la mobilité de la caméra, l'enchaînement des plans, relève du grand reportage en cinémascope sur écran géant, Hergé invente et ré-invente sa bd cinéma et sa mise en page. Les inventions de Fred sont une expérience de poésie picturale, Hugo Pratt est un romancier, littérateur, ses bds se composent d'un fil narratif sur lequel il accroche des illustrations, comme des draps sur une corde à linge.
L'idée de s'appuyer sur la disposition des cases comme "grille d'analyse" pour dégager la syntaxe "universelle" de la bd, c'est de la sur-rationalisation de pacotille. Fondamentalement la bd n'est pas un "langage", c'est un procédé.
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*** Message édité par Marc Brault le 19/08/2005 06:31 ***
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