OROR
(Celle qui en a marre tire)

OrorC'est le 16 mai 1970 que paraît Oror 70, le premier album moderne de la bande dessinée québécoise. L'auteur en est l'artiste-peintre André Philibert. Cet album de 52 pages raconte les péripéties d'Oror et son compagnon Bogoz. Déjà en créant un personnage principal féminin, André Philibert annonce son intention de se démarquer de tout ce qui a été réalisé jusque-là.

À travers divers courts récits, nous suivons les aventures psychédéliques et poétiques de ce couple d'anarchistes où s'entremêlent amour libre, drogues, rejet de la société de consommation et indépendance du Québec. Contrairement à son homonyme, la mélodramatique Aurore l'enfant martyre, Oror est une jeune femme bien ancrée dans son époque (celle de la Révolution Tranquille et du Mouvement de Libération de la Femme), en quête de liberté absolue et assumant pleinement sa sexualité. Pour un premier album de BDQ, le choc est assez grand ! Oror 1970 (celle qui en a marre tire) est en fait un manifeste de la jeunesse d'alors et le tirage initial de 1000 copies s'envole rapidement.

Beaucoup plus politisée que ses consoeurs françaises Barbarella (de Jean-Claude Forest) et Pravda la survireuse (de Guy Peellaert), Oror s'inscrit tout comme elles dans le mouvement artistique Pop'Art. Délires visuels et expérimentations graphiques, cases éclatées, slogans publicitaires détournés et répétés comme des leitmotivs vides de sens, textes écrits phonétiquement

"Regardez kom y retien zon respir lontan kan y fum du bin bon top"
font d'Oror une ode totale à la liberté tant d'expression que de moeurs.

extrait d'Oror

L'album est d'ailleurs dédié

"à tous ceux qui travaillent pour un monde meilleur, à tous ceux qui luttent contre l'Utopie actuelle... un monde où seul le ridicule tuera, un monde où la violence sera dirigée contre soi..."
et se termine par ces mots
"Nous aurons la paix quand les politiciens auront la culture qu'il faut !".
En plus de l'album Oror 70 (qui a connu deux éditions : une en couleurs et une autre en noir et blanc), André Philibert a dessiné, en 1971, une seconde aventure de son héroïne pour la revue sherbrookoise Ma®de in Kébec (nos 3 et 4).

Même si elle ne connût que quelques trop brèves apparitions, Oror est un personnage qui a fait date dans l'histoire de la BDQ et a fortement influencé la production des auteurs de bandes dessinées de cette période (la première moitié des années 1970).


Cette page a été réalisée grâce à la collaboration de Michel Viau pour le texte et la recherche (Copyright © Michel Viau).
Veuillez noter que toutes les illustrations et bandes dessinées présentées ici sont
Copyright © André Philibert.