À l'origine cet éditorial se voulait une remise en perspective du texte de Marc Tessier émis lors d'un précédent «Point de Vue».
Je trouvais que Marc en mettait pas mal épais : oui il est essentiel qu'il existe une bande dessinée exploratrice, oui il faut que des auteurs se penchent sur ce médium pour le faire avancer, mais il ne faut pas oublier que le 9e Art est avant tout un media de masse et que contrairement à la peinture ou la sculpture, il n'est pas nécessaire de constamment remettre en question ce qui avait été crée avant soi.
Mais surtout je trouvais que cela manquait singulièrement de modestie, et je n'aborderai même pas la comparaison Picasso-Tessier, je pense aux auteurs québécois tels que Al Flag, Richard Suicide, Stéphane Olivier, etc, que l'on compare à des Crumb, Tardi ou David B. (!!!) : un peu de décence s'il vous plaît. Je veux bien croire que ces auteurs ont du mérite à faire de la bd au Québec, mais le fait de publier des planches dans des ouvrages collectifs à diffusion confidentielle n'en fait pas des génies (incompris ou non) pour autant. N'est pas Julie Doucet qui veut...
Quant au fait qu'aucun éditeur ne puisse financer la création d'un album, là aussi il faut mettre un bémol : d'une part il se publie tout de même un certain nombre d'albums de bd au Québec (cf le BDQ de Michel Viau) et d'autre part il existe aussi des programmes d'aides gouvernementaux qui ont permis de publier pas mal de créations québécoises (y compris des collectifs alternatifs...). Quant au fait que cela ne se vende pas, il faut se poser quelques questions essentielles lorsque veut faire de la bd : pour qui le fait-on? (pour soi, pour quelques chums ou pour le public grand ou petit) à qui cela s'adresse-t-il? qui va débourser 10, 12 ou 15 dollars pour la lire? combien d'acheteurs potentiels existent-ils? (50, 500 ou 5000?) Il ne faut pas confondre œuvre expérimentale et création nombriliste, ce n'est pas parce que ça ne se vend pas que c'est génial!!! N'est pas Henriette Valium qui veut...
Et puis en quoi ces auteurs font-ils plus avancer la cause de la BDQ que Michel Rabagliati, Réal Godbout, Raymond Parent, Caroline Merola, Voro, Thierry Labrosse, Guy Delisle, etc...
Ce n'est pas parce que l'on rejoint un plus grand public que c'est nécessairement par mercantilisme. De quoi a-t-on le plus besoin au Québec pour faire reconnaître enfin ce 9e Art?
J'en étais là lorsque le débat se détourne du sujet original et vient évoquer un évènement ayant marqué la fin de l'ACIBD (Association des Créateurs et Intervenants en Bande Dessinée).
Est-ce le temps de déterrer cette affaire? Peut-être puisque l'actualité a fait ressurgir cette histoire que même certains de ses protagonistes avaient oubliée.
Tout d'abord, ce n'est pas à un détournement de subventions gouvernementales auquel Marc Tessier a été associé, mais plutôt à un incident majeur qui a malheureusement été (selon moi) la cause principale de la fin de l'ACIBD. Il est toutefois malheureux que Marc soit à l'extérieur du pays, il ne pourra ni éclaircir, ni contester et encore moins reconnaître ce qui s'est passé il y a dix ans. A moins qu'il ne soit de retour au pays ou qu'il navigue sur le site de BD Québec de l'étranger.
Il y a dix ans environ, Marc Tessier (alors membre du CA de l'ACIBD) a organisé avec deux de ses amis, (dont-il pourra citer les noms s'il le veut) une vague histoire de prête-noms : un chum à lui est allé sous un faux nom et grâce à une subvention gouvernementale participer à un festival de Bd en Europe (il ne pouvait y aller sous son vrai nom étant sur l'assurance chômage ou le B.S. si ma mémoire est bonne).
Tout cela s'étant fait dans le dos du reste du conseil d'administration de L'ACIBD, et il a bien fallu camoufler l'affaire lorsque le pot aux roses fut découvert. Malheureusement les instances gouvernementales s'en aperçurent aussi et comme par magie les quelques subventions auxquelles l'ACIBD pouvaient compter ne furent pas reconduites. Une association sans subventions c'est
comme une fleur sans eau : ça meurt ...
Le conseil d'administration en mal de ressources financières et pour sauver l'association, utilisa ses derniers deniers à payer pendant deux semaines Marc Tessier et le directeur général d'alors, un certain Jean-Richard Bélanger, une espèce de chevalier d'industrie (aigrefin ou crosseur si vous préférez) comme la bd québécoise en a trop compté et qui font que l'image de celle-ci doit constamment être redorée (les exemples ne manquent pas, de Michel Dufour à Stéphane Lemardelé...). Ces deux semaines de salaires devaient leur permettre de trouver de nouvelles sources de financement, ce fût malheureusement sans résultat.
Ironie du sort, lorsque le CA dû se résoudre à suspendre les activités de l'ACIBD, malgré tous les efforts entrepris (renouvellement du membership, organisation d'évènement, vente des biens y compris les bandes dessinées du centre de documentation...) il fallut se partager les dettes pour fermer les livres. Les membres du CA, par solidarité payèrent de leur poches les factures restantes sauf celui qui fût à l'origine de tout ça : Marc Tessier...
Que conclure de tout ça :
- Qu'une association d'auteurs de bd québécoise n'existe plus?
- Que certains auteurs ou intervenants continuent de réfléchir sur leur art, tout en bénéficiant de subventions à la création, ou à la promotion dans différents festival à travers le monde?
- Qu'il est plus facile de se comparer aux génies de ce siècle que de remettre en cause sa propre création?
Ma propre réflexion me pousse à reposer cette question :
De quoi a-t-on le plus besoin au Québec pour faire reconnaître enfin ce 9e Art?
Bédéphilement
François Mayeux