17 novembre 2001

Il était une fois… Notre culture
Par Frank Rideau

Ce point de vue ne se veut pas contre celui de Philippe Girard, lequel j'ai bien compris et avec qui je suis d'accord. C'est un point de vue comme ça, disons en parallèle.

       Il était une fois les Japonais...
Les Japonais formaient une société très renfermée sur elle même. Je dirais qu'en terme d'ouverture sur le monde, ce ne sont pas les plus avancés. Mais ils ont développé une culture très forte, avec leur propre code, leur propre art, ils sont très forts en cinéma (haaaa! Les Sept Samouraïs...) et ils prennent beaucoup de photos (humour). Au départ, les mangas étaient des publications de consommation à-la-va-vite en accord avec leur style de vie, rien à voir avec le reste de la planète. On les lisaient puis on les jetaient. Tout à coup, cette bande de collectionneurs d'Occidentaux se sont tournés vers l'Est et ils se sont dit : «Putain ich' passe de quoi au Japon! Ça produit comme des machines!!!» Les mangas sont devenus un phénomène mondial. Certains, qui ne connaissaient pas le début de l'histoire, pensaient qu'ils (les Japonais) nous envahissaient...

Il était une fois les Américains...
Les Américains parlent l'américain, ils consomment américain, ils chient américain. In God we trust, faites que mes actions montent! Ayant une grande tradition dans le cinéma, ils sont devenus très très fort à Hollywood. Ils ont fait plein plein de films américains avec des drapeaux étoilés, des casquettes de baseball et Michael Douglas (haaa, Basic Instinct…hum). Ils n'en avaient souvent rien à câlicer du reste de la planète, mais elles sont tellement belles les Américaines (sic) que toute la planète en voulait. On peut dire qu'ils sont ouvert sur le monde...tant qu'on peut y ouvrir un comptoir Mc Donald.

Il était une fois les Talibans...
Les Talibans sont ouvert sur le monde car Allah leur a dit... euh...bon enfin, passons.

Ils étaient une fois les Québécois (ou cette gang de francophone au nord du Maine)....
Les Québécois sont ouvert sur le monde. Si, si, c'est pas des blagues! C'est un des peuples les plus ouverts y paraît... euh, mais en dehors des campagnes. À Montréal, oh le choc, c'est une cosmopole! Mais les Québécois (ou cette gang de chialeux à l'est d'Ottawa) sont tellement ouverts que certains en ont oublié leur propre culture, leurs motivations, leur réalité socio-historique, ce pourquoi ils pensent avoir quelque chose à dire au reste de la planète. Ils disent «Oui mais si on veut pogner, y faut être fort comme le reste du monde, pis moi, ben I want to pogne stie! Pis après tout, c'est la mondialisation bon!». Non, mais ils sont quand même avant-gardistes ces Québécois!
Ils ont par contre oublié que pogner dans le monde, c'est pas ça qui fait nécessairement avancer sa propre culture (mais l'inverse peut-être, y avez-vous pensé?) et quand sa propre culture n'avance pas, soit qu'elle dégénère, soit qu'elle s'assimile et là on pourrait dire par exemple : «la bande dessinée québécoise n'existe pas» sans faire de métaphore (je disais ça comme ça). On peut avancer en tant qu'individu, devenir une grande STAR de la bande dessinée, mais en quoi ça va aider la question de la bande dessinée québécoise? Niet. Une Céline de plus, that's it. L'ouverture sur le monde, c'est magnifique. Je la suggère fortement, moi aussi, à tous les auteurs. Mais il y a plus à faire. Beaucoup de travail. Ici, chez nous. Au nord-est de Détroit.

Alors pour moi, encourager un auteur québécois, choisir une BD québécoise dans une librairie plutôt qu'une autre, c'est encourager la culture locale. Et j'en ai un rack plein! Ce n'est pas un geste honteux, ni nationaliste à la limite. C'est comme choisir de faire son épicerie au marchand du coin (qui est peut-être d'origine Vietnamienne) plutôt que d'aller au Loblaws ou au Club Price (ce qui ne m'empêche pas d'y aller parfois, personne n'est parfait). Maintenant vous allez me demander : «Pourquoi nous devrions encourager notre culture locale?». Je vous laisse y réfléchir.

Bonne chance à tous les artistes québécois dans leur quête de la qualité!
Et racontez-nous une histoire.

Frank Rideau