Tout-à-l'heure, J'ai lu la critique de l'adaptation cinématographique de «From Hell» dans l'hebdomadaire «Ici montréal». On y mentionne que le film est une adaptation d'un ROMAN d'Alan Moore et Eddie Campbell.
Y'a pas si longtemps, dans l'hebdomadaire du même genre «Voir», ils ont fait une critique très élogieuse de «Ghost world» en évitant soigneusement de mentionner qu'il s'agissait aussi de l'adaptation d'une bande dessinée. Ils ont même omis de mentionner que Daniel Clowes est un auteur de bande dessinée. Tout rapprochement avec le monde des comix a été dans les deux cas soigneusement évité.
Pourquoi? Parce que pour ces journalistes le simple terme: bande dessinée inspire la honte. Parce que faire le rapprochement entre les deux médiums reviendraît selon eux à discréditer le film. Par contre, lorsqu'il s'agit de faire comprendre qu'un film est burlesque, idiot mais toutefois divertissant, on hésite pas 2 secondes à terminer la critique par ces deux lettres après le point final (pénible formule jounalistique): «BD». Voilà, tout est résumé. L'image apparaît tout de suite au lecteur: Il s'agit d'un film ridicule.
Voici l'ennemi. Ces préjugés réducteurs sont l'ennemi. Je ne demande pas une reconnaissance de prestige vis-à-vis les autres arts, mais juste que les journalistes arrêtent de nous faire passer pour des caves, j'haïrais pas ça.
Quand je parle que je fais de la bande dessinnée, on me demande toujours des question idiotes comme: «C'est qui ton personnage ?» Sibolle! Sur quelle planète ils habitent? C'est comme si ma vision du roman se limitait aux romans «Arlequin» et celle du cinéma se limitait aux «Police Academy».
On peut se demander contre quels moulins je m'attaque, que ces gens simplement mal informés ne m'empêchent pas de vivre. Mais égoïstement, je répondrai que cette reconnaissance (au moins journalistique) ne serait qu'un pas de plus dans la recherche d'un public. Que j'aimerais bien qu'un jour,
moi et mes copains, on puisse faire ce qu'on aime faire sans devoir expliquer à chaque lecteur éventuel qu'on fait de la bande dessinée sans personnage rigolo (accompagné d'un petit chien) destiné à être reproduits en figurines. Et par respect pour la tradition, j'aimerais ne pas avoir à désigner mon travail un terme comme «littérature graphique» pour avoir l'air un peu plus intelligent (ou moins cave). En utilisant ces termes, on donne raison aux esprits étroits en affirmant qu'on a, nous aussi, honte du médium. Ou alors on est très prétentieux et on se pense meilleur que tous les auteurs de bandes dessinées intelligentes de l'histoire.
Il revient à nous, auteurs et intervenants de travailler à chaque jour pour briser cette image. Il ne s'agit pas seulement d'une image infantilisante, il s'agit bien d'une image d'arriérés mentaux qu'on porte sur le dos!
C'est dommage, car j'avais l'impression que ces deux films, «Ghost world» et «From Hell», allaient faire connaître les excellents livres originaux au grand public. Ainsi, ils auraient peut-être découvert qu'il n'existait pas QUE de la bande dessinée pour crétins dégénérés. Rendez-vous manqué, donc. On repassera, on repasse toujours.
Jimmy Beaulieu
P.S.: Le nouveau «New Order» est sorti, Diou que c'est bon!