Il n'y a pas de BD québécoise. Il n'y a que la BD! Choisir une BD, c'est ignorer un roman ou un essai. La distinction est entre les genres, pas entre les états d'où proviennent les créateurs. Ceux qui se permettent encore d'utiliser cette appellation presque réductrice vivent à une autre époque. Il faudrait mettre fin à cette vision sectaire. Le temps des adjectifs qualificatifs est révolu depuis longtemps. À vrai dire, a-t-il seulement déjà existé?
Quand un lecteur entre dans une librairie pour se procurer un album, il ne se dit pas :
-Tiens, aujourd'hui j'achète une BD québécoise!
Mais plutôt :
-Aujourd'hui, j'achète une BD! (*Ce qui nous ramène à la troisième phrase de ce texte.)
Devant les présentoirs, il a le choix. Tous les livres sont égaux sur la ligne de départ. (Certains diront même qu'il y en a de plus égaux que d'autres, avec leur couverture en quadrichromie!) L'acheteur est à la recherche de la perle rare et ce pourrait être n'importe quel livre.
À cet instant, il est devenu un adepte de la mondialisation des marchés sans même le savoir. Exit, l'orgueil national, l'esprit d'entraide et le désir d'encourager le p'tit gars de chez nous. Notre homme veut un livre, un bon livre, le meilleur, le plus beau, au bon prix. BD mexicaine, européenne, japonaise, américaine ou québécoise, peu importe. Tout est une question de désir.
Cette attitude ne date pas d'hier.
Et ceux qui trouvent encore qu'ici, il faut avoir les ambitions de ses moyens devront trouver un autre slogan. Désormais, il faudra avoir les moyens de ses ambitions. C'est une question de survie. Nos compétiteurs ne sont pas les autres bédéistes québécois, mais tous les bédéistes du monde.
À l'heure où Michel Rabagliati gagne un Harvey Award aux USA, où La Pastèque publie Vincent Vanoli et où Julie Doucet est éditée chez l'Association, les frontières ont une nouvelle signification. Elles séparent des niveaux de qualité. Pas des pays. La BD Québécoise, ça n'existe plus!
Philippe Girard