21 janvier 2003

Les possibilités illimitées du 9e Art
Par Pierre-Luc «M» Therrien

       Je dois admettre que je ne me considère pas comme un vrai bédéiste ou cartooniste… je suis en fait un poète et un peintre dans l'âme. Pourtant je termine en ce moment un livre qui a toutes les apparences d'une bande dessinée, d'un « comic book » américain pour être plus précis.

Simplement, j'ai utilisé la structure de base, le squelette du concept : un livre de papier, au format standard de l'industrie américaine, contenant des images et du texte, racontant une histoire sous forme séquentielle. À partir de là, TOUT est possible. Le créateur est Dieu, son monde vierge n'attend que la main, pour naître et exister.

Je dirais que la plupart des bandes dessinées à travers le monde ont un but premier : le divertissement. Société oblige, c'est une industrie, un commerce, il faut bien vivre, travailler. Il faut vendre un produit. De plus en plus de ces bds nous offrent des histoires dignes de la grande littérature, des histoires qui font réfléchir, au-delà du simple divertissement. Mais encore, ces livres sont rares, la qualité souvent difficile à atteindre ou à maintenir. Mais il faut garder la variété, et avoir des produits pour tous les publiques. Il ne s'agit pas ici de juger de ce qui est, mais de considérer ce qui pourrait être.

Plusieurs artistes tels Dave McKean (Cages) ou David Mack (Kabuki) pour n'en nommer que deux, viennent du domaine des Beaux-Arts et apportent un souffle nouveau dans un domaine ou si souvent les styles sont renfermés, imités, catégorisés. Une page blanche peut être remplie de lignes, de textures et de mots, et la seule limite est l'imagination. Tout dépend de l'artiste, de ses intérêts et de ses buts, mais une réflexion sur les possibilités du médium ne peut être que bénéfique. Les techniques, elles, resteront les mêmes, mais la technique n'est qu'un outil, et c'est la manière dont on l'utilise qui a de l'importance.

Chaque œuvre créée change le monde, l'artiste change le monde, en y ajoutant quelque chose qui n'y existait pas auparavant. L'art séquentiel me semble un moyen extraordinaire pour communiquer de nouvelles idées. C'est un art qui est populaire, esthétiquement attrayant, facilement commercialisable, et qui en plus d'utiliser les mots, combine les images, et comme on dit, une image vaut 1000 mots! Chaque artiste a sa propre signature visuelle, et chaque ligne tracée est un autoportrait. L'aspect visuel d'une bd exprime des émotions et des idées qui existent même sans les mots qui l'accompagnent! Quel riche produit!

L'Art est sans limite, et le 9e Art n'y fait pas exception, surtout pas à notre époque moderne. Je crois même fermement qu'il devrait occuper une place beaucoup plus importante dans notre société, que ce devrait être un art hautement respecté et apprécié de tous. Au même titre que la peinture, ou la littérature. Que dire des livres illustrés de William Blake, illustre peintre, graveur et poète visionnaire du XVIIIe siècle ? On pourrait presque les qualifier de bandes dessinées….

Mots et images peuvent s'associer de toutes les manières imaginables. Je crois même que l'art séquentiel peut dépasser le divertissement et devenir dans certains cas autre chose. J'y vois même un moyen des plus fertile et efficace pour transmettre des messages ou émotions à un publique très vaste. Philosophie, religion, poésie, politique, problèmes sociaux… tout peut être exploré, dans un contexte imaginaire ou réel, la bande dessinée a la possibilité de se transformer, de se métamorphoser.

Et elle pourrait changer le monde…peut-être même plus que toute autre forme d'Art.