Généreusement subventionnées par la SODEC québécoise, le PADIÉ fédéral et la Fondation Historica les éditions Soulières ont publié un remarquable album sur la biographie aventureuse de onze scientifiques qui appartiennent à notre patrimoine canadien. Depuis quelques années, en Europe et surtout aux États-Unis, la vulgarisation de la science par le médium Bd est devenue un outil didactique très populaire et très efficace pour répondre à la curiosité grandissante des jeunes.
Le présent album se concentre sur huit héros et trois héroïnes qui ont fait avancer la science, la société et notre fierté nationale, en évitant le piège facile de l'hagiographie et du prêchi-prêcha. On a su assimiler
harmonieusement, avec un louable esprit de synthèse, une exhaustive documentation scientifique pour raconter dans une contrainte de quatre pages seulement la vie et l'oeuvre d'un Graham Bell, l'inventeur du téléphone, à Daniel Langlois, le pionnier de l'animation 3D. Chaque récit est précédé de quelques notes biographiques complémentaires, suivi à la fin d'une bibliographie et d'activités de réflexion.
Le dessinateur Réal Godbout, par une longue formation purement autodidacte a su développer un style graphique personnel, héritage de l'underground hollandais des années 1960 qu'il admirait. Les lacunes en anatomie, avec des têtes arrachés du cou et des colonnes vertébrales courbées sont devenues sa signature. Le grand souci apporté aux décors détaillés et la grande lisibilité de son lettrage rendent justice aux sujets traités. Les scénarios sont parfois répétitifs en suivant toujours le même schéma chronologique. Il y a parfois quelques tentatives pour briser la monotonies des récits grâce à l'humour, un ingrédient qui dénote une créativité narrative et graphique qui aurait pu être utilisé plus souvent. Ainsi, Pierre Dansereau, l'écologiste aux pieds nus devient un personnage fort attachant par les touches humoristiques. Ses nombreuses interrogations sur la nature, il les pose à une grenouille devant laquelle il trébuche dès son enfance. On ferme la boucle de ses aventures en le refaisant trébucher devant la même grenouille qui nous fait un clin d'oeil dans la dernière case. Par cette complicité narrative on participe plus fortement à sa vie et à son oeuvre. Les autres biographies sont d'inégales intensité. Il y a des récits qui se veulent touchants mais dont le style caricatural trop cliché empêche toute empathie et nuit à la crédibilité des événements racontés. On ne peut que soupçonner les sacrifices personnels et les souffrances de la chirurgienne Lucille Teasdale victime du sida en Ouganda. Il en est de même pour Brenda Milner, encore vivante, qui révolutionna l'étude du cerveau. Lorsqu'on raconte des vies plus médiatiques que
philanthropiques, comme celle de Fernand Seguin, le savant communicateur ou de Roberta Bondar, la première Canadienne dans l'espace, le graphisme et le scénario s'harmonisent à merveille.
Cet album demeure une preuve sans équivoque que l'on peut s'instruire et réfléchir par l'humour. Depuis 1980, les albums des Petits Débrouillards ont démontré le succès de cette approche par le 9e art au Québec. C'est maintenant aux Grands Débrouillards de profiter de cette expérience des « petits » pour devenir « grands » à leur tour.
Richard Langlois